J' y ai longuement songé.
Cette fameuse histoire de ressemblance ou plutôt la supposé non ressemblance des enfants issus
du don à moins que cela ne soit l'inverse .
Je me suis penché sur la question.
Tellement penchée que ça m'a renversée à l'envers pour finalement me dire qu'il n'y a rien à penser.
Tourner en boucle et plafonner.
Impossible à dépasser.
Finalement conclure que c'est un faux problème et
une leçon à soi.
Oui une leçon .
Me remuer le couteau à me dire que ça n'est pas mes gênes, ça n'est pas mes gênes, mes gênes...
moi , moi , moi quel égocentrisme....
donc pas de ressemblance si ce n'est peut être cette transmission épigénétique de la grossesse
et comme vous me l'avez toutes fait remarquer, de vivre ensemble donne forcément des airs à nos enfants ,
les mimiques, les manières etc....
Pourquoi me remuer ce mal ?
Pensons aux adoptions, il n y a pas cette prise de tête.
(Attention, je ne suis pas en situation et vos avis sont les bienvenus, je ne suis pas en train de dire que le parcours d'adoption est plus simple que le don,
pas du tout,l'adoption a ses difficultés propres ,
j'aborde juste le sujet de la non ressemblance qui à mon sens, ne se manifeste pas aussi vivement que dans le don , puisque c'est une adoption.Le don n'est pas forcément connu aux yeux de tous et passe pour une naissance comme les autres...
Je partage aussi l'idée que mise à part le questionnement sur la non ressemblance qui a moins lieu d'être la difficulté à faire le deuil de ses gamètes est aussi difficile dans le parcours de l'adoption )
Alors?
Plus j'en ai, plus j'en veux?
Le don permet de porter l'enfant : j'ai cette magnifique opportunité, une chance dans mon malheur,
je ne suis pas assez humble pour m'en faire une joie et je gâche tout parce que j'aurais voulut tout...
alors que j'ai faillit rien avoir et j'ai d'ailleurs encore RIEN!
Je ne sais même pas si ce don fonctionnera ...et je fais ma capricieuse gâtée, ma compliquée....
A croire que mon parcours ne m'a pas été assez difficile pour être reconnaissante de ma dernière chance !
Je me fiche tout simplement que ma fille ou mon fils me ressemble ou pas.
C'est un être à part entière qui grandira auprès de moi,
il n'est pas là pour me ressembler ça n'est pas le but d'avoir un enfant !
S'il avait été issus de mes gênes je ne me demanderais pas s'il va me ressembler et si plus tard ça n'aurait pas été le cas ça n'aurait pas pourtant été moins mon enfant.
Le lien avec l'enfant est plus fort et c'est bien cet amour maternel qui importe.
Pas le même nez !
Chez moi , les possibles remarques extérieures (il n' a rien de toi , ou il ressemble surtout au Papa) que je peux aujourd'hui imaginer sur le sujet ne me blesseront pas, car je suis du genre à me ficher de la bêtise des cons et pour les autres (oh il a tes yeux !) je m'en amuserais.
Pour ça c'est réglé.
Je pense que cette douleur tout à fait normale relève de notre crainte à devenir mère avec ce "départ" d'une aide d'une autre complètement inhabituelle...
cette angoisse est même bon signe à mon sens : nous nous inquiétons pour notre futur bébé.
D'autant plus que depuis tant d'année nous concentrions notre quotidien à viser une grossesse avec nos embryons chéris, à compter leurs cellules ,à les imaginer dans le grand froid pour les voir ressusciter .
De fiv en Fiv je m'attachais de plus en plus à ces potentiels bébés en devenir, même au stade embryonnaire et oui.
D'un tel acharnement,d'un espoir sans fonds ; d'un entier dévouement à la science qui n'a pas tenu sa promesse,
d'un jour à l'autre sans aucun accompagnement, brutalement il faut se rendre, abandonner nos propres gamètes. Laisser ce rêve.Le laisser tout seul et l'oublier.
Mettre un couvercle sur une vieille boite de souvenirs .
Avouer, accepter que nous ne sommes plus en mesure de donner la vie avec notre propre matériel.
Que c'est trop tard , le matériel est défectueux.
Accepter cela ,l'encaisser.
Etre pas comme les autres et braver cette injustice .
Eteindre la colère de la dupeuse PMA.
Ne pas s'en vouloir,ne pas se plaindre, ne pas hair son corps, ne pas se maudire; tolérer ses erreurs, son manque de timing, protéger son couple, ne pas enterrer la femme,
ne pas s'en vouloir.
Accepter
Seulement cela.
On ne peut pas s'accabler de cette réaction , elle est normale, saine et logique.
Elle est personnelle et propre à chacune.
Elle demande du temps, du travail sur soi, de la réflexion, les choses doivent même se laisser mûrir par le temps tout simplement.
J'avoue quand même au tout début du projet du don avoir été "jalouse " de mon compagnon
qui lui "aura "ses propres gamètes dans le fruit de notre amour....
honteuse je le confie : je me suis dit -"ohh il a déjà des enfants il pourrait accepter un double don".
Manière qu'on soit ex aequo.
Je m'en suis voulut de ces pensées !
Même si je sais que certains couples font ce choix que je respecte et franchement j'en profite pour leur dire
que je trouve ce geste magnifique d'amour et extrèmement beau.
Mais de mon côté,je n'ai absolument jamais abordé la chose et ne le ferais pas, je connais Mr et je sais pertinemment que ça ne lui a pas du tout effleuré l'esprit.
J'ai réussit à m'apaiser en me recentrant sur le futur enfant, qu'il est bien de laisser ce point de repère "réel " à notre enfant sans rajouter des épices à son histoire.
C'est très bien comme cela. Comme cela se sera.
Dorénavant je l'assume confortée par la grossesse qui m'aidera à nous unifier.
Alors,
pourquoi quand même ce pincement au coeur ?
Difficile de cerner cette espèce de nuage qui plane sur moi.
Impalpable, sans issue, sans vraiment de mots à poser dessus.
Et bien cela n'a rien à voir avec l'enfant.
A mon grand soulagement , j'ai réussit à comprendre que les choses sont complètement distinctes bien qu'elles soient indissociables l'une de l'autre.
En effet, c'est parce que je ne peux plus avoir de possibles enfants avec mes gamètes que je fais appel au don d'ovocyte.
La chance qui s'offre à moi me rend heureuse, joyeuse, reconnaissante et même curieuse de voir le petit bout qui naîtra et grandira;
Je me considère maintenant dans mon malheur chanceuse et j'essaie de positiver cette aventure .
Les pincements au coeur que je ressens pourtant encore sont mes regrets, mes peines, mes douleurs, mes "j'aurais voulut à la mano solo...
Ils sont le deuil de mes fivs, de mes gamètes, de mon bébé de moi que j'aurais aimé connaître à quoi il ressemblerait mélangé au chéri...
Narcissisme? J'en sais rien et alors?
L'injustice que ça ne se passe pas simplement comme pour la majorité des femmes.
C'est tout ça à avaler et qui a du mal à passer.
Juste accepter la situation.
Le renoncement .
Pour un commencement propre et sans futurs quiproquos.
Quand j'ai vu ma photo de petite fille, ça m'a touchée , les larmes sont montées.
Je crois que j'aurais encore longtemps les larmes au bord,
et que seul le temps et un travail d'acceptation
m'aideront à assumer mon histoire.
Bien sûr je suis totalement persuadée que la grossesse et l'arrivée de bébé balayeront ce qu'il restera à ce
moment là de ma peine .
Je n'aurais plus le temps de me regarder le nombril
et je comprendrais la chance que j'ai.
Un jour j'aimerais dire que j'ai été heureuse d'en passer par là et que pour rien au monde je ne changerais la donne,même à refaire.
C'est pour cela que depuis mon choix du don jusqu'à la prise de sang positive et même la naissance ; il est cet espace de temps important pour retourner chaque pierre et pensées,pour tout clarifier, tout poser et se mettre à l'aise avec notre choix.
En tout cas, j'en ai besoin . Je ne veux prendre le risque d'occulter des choses qui exploseraient plus tard .
Ca serait trop bête.
Tout cela pour rejoindre mon futur enfant.
Dicton Du Sage Cadoc
Avant de parler,considère :
premièrement ce que tu dis.
deuxièmement pourquoi tu le dis,
troisièmement à qui tu le dis,
quatriemement de qui tu le tiens,
cinquièmement ce qui résutera de tes paroles,
sixièmement quel profit en découlera,
septièmement qui écoutera ce que tu diras.
Mets alors tes paroles sur le bout de ton doigt
et tourne-le de sept manières avant de les exprimer:
aucun mal ne résultera jamais de tes paroles...